ALORS, EUROS ?
Quand Théo est arrivé à la boulangerie pour
acheter le pain pour sa mamie, il a tendu ses francs à la boulangère.
- Bonjour? a dit la dame, alors tu veux du pain ?
- Oui, a dit Théo.
Je voudrais un pain, à quatre francs vingt, s'il
vous plaît madame.
- Un pain, comme tous les matins, a demandé la
boulangère.
- Oui madame, a dit Théo, je voudrais un pain à quatre francs vingt. Je voudrais un pain comme tous les
matins.
- Mais mon petit lapin, a dit la boulangère, un pain à quatre francs vingt, ça ne se fait plus. Maintenant il
faut dire : un pain à zéro euro et soixante-trois
centimes d'euro.
- Moi je veux bien dire ça comme ça, a dit
Théo, mais c'est mamie qui m'a dit : " Théo mon petit lapin, va me chercher
un pain à quatre francs vingt. Va me chercher un
pain comme tous les matins".
- Et bien Théo, tu diras à ta mamie que
le pain à quatre francs vingt, ça ne se fait plus.
Et que maintenant, il faut dire : un pain à soixante-trois centimes d'euros.
- Oui madame a dit
Théo, et en disant cela il s'est mis à pleurer.
Alors la boulangère l'a
pris dans ses bras. Et elle l'a serré très fort. Elle l'a serré si fort,
que Théo a pleuré plus fort encore.
Le boulanger est sorti de son
fournil.
- Qu'est-ce qu'il y a ? , a-t-il demandé. Pourquoi tout
ce bruit ?
- C'est la mamie de Théo qui veut un pain à quatre francs vingt. Un pain comme tous les matins, a
dit la boulangère.
- Un pain à quatre francs
vingt, mais mon petit lapin ça ne se fait plus, a dit le
boulanger. Maintenant, il faut dire : un pain, à soixante-trois centimes d'euros.
- Moi je sais
bien, a dit la boulangère, mais c'est Théo qui pleure à cause de sa
mamie.
Et elle s'est mise à pleurer.
Quand il a vu sa femme en
larmes, le boulanger n'a pas pu supporter ça du tout. Il l'a prise dans
ses bras, et il l'a serrée très fort contre son coeur. Et il s'est mis à
pleurer avec elle, lui aussi. Alors, le chien de la maison est arrivé.
Quand il a vu son maître pleurer, il n'a pas supporté ça, lui non plus.
Et, il s'est mis à pleurer. Et tous les chiens du quartier sont arrivés
devant la vitrine de la boulangerie. Et, tous les chiens du quartier se
sont mis à pleurer. Alors, tous les maîtres et toutes les maîtresses, de
tous les chiens du quartier, sont venus voir ce qui se passait. Et leurs
chats sont venus aussi. Ainsi que les souris. Et tout ceux qui sont venus
se sont mis à pleurer. Et comme tout le monde pleurait, ça faisait
tellement de bruit, que personne ne s'entendait plus pleurer. Alors Théo
s'est arrêté et il s'est mis à rigoler. Parce que c'était rigolo de voir
tout le monde pleurer. Voyant que Théo rigolait, la boulangère s'est
arrêtée de pleurer, et elle s'est mise à rigoler aussi. Et son mari s'est
arrêté lui aussi. Et il a rigolé. Et le chien, et tous les chiens ont
rigolé. Et tous les chats et toutes les souris ont rigolé. Théo dit que
même sa mamie a ri, quand il lui a raconté.
Le passage à
l'euro, c'est rigolo!
Un conte par Marc Colmar, conteur.