NEIGE EN FLEURS
Il y avait une fois un petit bois très aimé, parce que l'on y trouvait toujours quelque fleur jolie, un oiseau jaseur, une mousse nouvelle, enfin de ces riens qui vous font le cœur gai pour la journée. Voilà qu'un aigre matin de mars, une vieille femme apparut, un panier au bras. Ma foi, il n'y avait pas grand chose à cueillir, à peine trois brins de cresson sauvage. La pauvre hochait la tête d'un air désolé, si bien que le vent enflant la ramure d'un bouleau donna voix à celui-ci:
- Que cherches-tu, grand-mère ?
- Hélas, cher bouleau, ma petite fille qui est bien malade voudrait un plat de neige. Je n'ose la contrarier, alors je viens voir s'il n'en resterait pas dans quelque creux.
- Tu serais venue la semaine passée, nous aurions pu te satisfaire, mais vois, le soleil a tout fondu, le ruisseau a tout bu.
Le ruisseau regrettait sa soif et sanglotait en sourdine.
- Dis-moi, reprit le bouleau avec bonté, ta petite n'aime-t-elle pas les fleurs ?
- Oh, si ; seulement c'est de la neige qu'elle veut.
- Eh bien, reviens demain, nous allons essayer de la satisfaire.
- Merci, dit la vieille, en saluant du menton, comme ma chérie sera contente !
- Nous voilà beaux, fit le bois après son départ, qu'allons-nous faire?
Il appela sous la mousse les petites graines qui attendaient la chaleur pour lancer leurs pousses neuves.
- Y a-t-il parmi vous des fleurs blanches?
- Bien entendu, firent des centaines de voix menues, mais il fait trop froid pour sortir.
- Allons, allons, n'y en a-t-il pas une un peu courageuse?
- Moi, dit une petite voix et une perce-neige apparut au gazon. Je suis même fort en retard, c'est la faute des pâquerettes qui ne voulaient pas que je naisse avant elles. Combien de mes sœurs désirez-vous, cher bois ?
- Je veux un tapis blanc à perte de vue.
La perce-neige agita sa clochette :
- Venez, venez, mes amies !
Si vous aviez vu comme c'était beau toutes ces fleurettes qui jaillissaient. On eût dit que la terre en était éclairée par-dedans.
Le lendemain, quand la grand-mère revint, sa petite fille l'accompagnait pâlotte et triste ; mais, dès la lisière du bois son visage s'illumina :
- De la neige en fleurs ! s'écria-t-elle, rose d'émoi
Quand elle eut rempli son panier, un saule lui offrit un rameau aux bourgeons de bourre argentée, et sa joie fut complète.
Le bois souriait doucement pour lui seul. Il y avait de quoi, n'est-ce pas ?